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Alors que l’on constate un accroissement des tarifs en matière d’énergie – gaz : +19,50 % ; pétrole : +8,50 % ; électricité : après une hausse de 3 % en 2003, chaque année le tarif augmente avec l’inflation – le gouvernement propose une fusion entre les deux entreprises GDF et Suez. Cette fusion pose comme condition préalable la privatisation de GDF, notre service public en énergie fossile. À l’origine de cette fusion, une tentative d’OPA hostile du groupe italien Enel sur Suez ; depuis, l’action Suez a gagné 45 % ces derniers mois ; au final on subira de nouvelles augmentations tarifaires, pire encore : la filiale électrique de Suez concurrencera directement EDF.
Sur le fond cette fusion est déplorable face à notre idée du service public. En effet un service public se doit de répondre à un besoin particulier de chaque Français partout sur le territoire ; il n’a pas pour vocation d’être rentable et il doit assurer un service de qualité, ce qui présuppose ici pour le gaz un entretien vigilant des réseaux de distribution et des lieux de stockage. Notre service public privatisé, il sera soumis à la loi du marché et à la course au profit ; cette entreprise aura alors pour seul objectif d’accroître ses gains de productivité pour satisfaire ses actionnaires. On ne peut cautionner en tant que socialistes que pour une minorité de personnes on sacrifie un service public de toute une nation. D’autant plus que la fusion menace potentiellement entre 4000 et 6000 emplois en France et en Belgique...
D’un côté pratique, on subira inéluctablement une nouvelle hausse des tarifs. Quand entre juillet 2005 et juillet 2006 le gaz augmentait de 19,50 %, on nous a dit que c’était parce que le coût du gaz était anormalement bas. On peut aussi constater que c’était pour renflouer les comptes de GDF afin d’afficher des bénéfices records et rendre ainsi le projet de fusion plus séduisant. Ensuite l’Etat perdra le contrôle des réseaux de distribution et des lieux de stockage qui ont été créés et entretenus par des investissements publics ; certains réseaux ne sont pas rentables et l’on peut craindre un délaissement de l’entretien. Pas sûr que vous aimeriez apprendre que l’on constate des brèches dans un oléoduc... Enfin pour l’environnement, le groupe GDF-Suez, dans un souci de rentabilité en matière d’énergie, utilisera en premier lieu les ressources exploitables à moindre coût (gaz) plutôt que d’investir dans la recherche et le long terme (énergies renouvelables). Donc on peut prévoir un épuisement accéléré des ressources naturelles, en particulier des énergies fossiles.
Enfin, sur la forme, d’un point de vue politique cette fusion est aberrante. On se rappelle que lorsque Mr Sarkozy était à Bercy, il avait promis que ni EDF ni GDF ne serait privatisé. Or avec cette fusion la part de l’Etat, dans le capital de GDF, passe de 80 % à 37 % ; autrement dit il n’y aurait plus de politique industrielle publique pour l’entreprise et plus de décisionnaires privés, ce qu’on appelle entre autre une privatisation. De plus, ce projet de fusion est vu d’un mauvais œil et est même jugé irréfléchi par la Commission Européenne qui a fait savoir que l’ouverture totale du marché européen de l’énergie à la concurrence (prévue pour juillet 2007) ne nécessitait pas la privatisation du gaz en France. Alors pour une fois qu’ils le disent...
En bref , ce projet ne présente aucun intérêt pour l’immense majorité des Français ; il sera en plus très difficile et fort coûteux de revenir en arrière si les socialistes reviennent au pouvoir en 2007. On rappelle que le PS propose de créer un pôle public de l’énergie (EDF-GDF) et qu’il faudra alors passer par la renationalisation d’EDF ; pour GDF, il faudra d’abord racheter les réseaux de distribution du gaz, ensuite trouver les moyens de créer le pôle public EDF-GDF